Mon post du 8 février sur les Nabatéens terminait au moment où ils prenaient possession de Petra, dans un premier temps pour y entreposer leurs richesse. Le lieu, retiré et difficile d’accés, constituait non seulement une sorte de coffre fort naturel mais également un abri où les personnes âgées, les femmes et l800px_Frankincense_2005_12_31es enfants trouvaient refuge pendant que les hommes de la tribu pratiquaient leur métier de convoyeur d’encens.

Car l’encens est bien la source de l’enrichissement de cette tribu de pillards nomades, ingénieurs hydrauliques de génie.

Frankincense_regions1Mais d’où provient l’encens ?

Il est issu d’un arbre, le Boswellia Sacra, endémique à la région sud-arabique et la corne de l’Afrique. On fait une entaille sur le tronc et une résine s’en écoule. Cette résine, collectée sous forme de petites boules de forme irrégulière, c’est l’encens. On la pose sur des braises et une fumée très odorante s’en dégage.IH343_boswellia_sacra1

Dans l’Antiquité c’était un produit de luxe extrêment prisé par les élites gréco-romaines et le clergé (païen bien entendu... on est à peu près au IV siècle av. JC).

L’encens n’a pas seulement des caractéristiques olfactives et c’était surtout pour ses propriétés thérapeutiques qu’il était prisé.

On soignait plusieurs pathologies avec ses dérivés : l’arthrite (encens dissout dans de l’alcool), les plaies (extrait d’alcool d’encens) et surtout la dépression (inhalation) car il était réputé pour les effets très relaxants et sa faculté de clarifier l’esprit.

De plus on se parfumait le corps et on l’utilisait dans les bains.

Et bien entendu, l’encens constituait un élément indispensable dans les temples pour les cérémonies religieuses.

D’après Strabon (ou Pline l’Ancien... me souviens plus !), il fallait 65 jours aux caravanes pour effectuer le voyage entre Marib (au Yémen, la capitale de la reine de Saba fameuse pour ses temples et son mythique barrage) et Petra.

L’encens, collecté sur les montagnes au sud de l’Hadramaout, était acheminé d’abord vers Marib d’où il était pris en charge par les caravanes. Était ce les Nabatéens qui les affrétaient déjà à partir de Marib, ou bien les prenaient-ils en charge seulement à partir de Hejra (nord de l’Arabie Saoudite), le point le plus au sud de leur royaume ? Je ne le sais pas, je suppose que oui.

Les caravanes étaient constituées d’un nombre impressionnant de chameaux (oui... je dis chameaux et non dromadaires... na! voir mes posts au sujet des chameaux), jusqu’à 200 bêtes!

000001Photo de Thomas Bianchin (D.R)

Et 65 jours de route, cela voulait dire 65 étapes dans lesquelles il fallait toute une infrastructure pour accueillir hommes et bêtes, pour qu’ils puissent se reposer et se restaurer.

Et bien sûr ces services n’étaient pas gratuits, le plus souvent payés en nature avec de l’encens. Ce qui fait que chaque journée de ce périple voyait augmenter la valeur de ce précieux produit.

L’encens qui coûtait, disons, 1 euros à Marib atteignait une valeur bien plus importante à son arrivée à Petra, juste pour l’exemple je dirais 100 euros pour la même quantité.

De Petra, qui, de nécropole, à refuge, à coffre fort, devient par la suite une des plaques tournantes de ce juteux marché, l’encens était acheminé soit vers le nord (Damas et la Syrie) soit vers l’ouest (Gaza ou Alexandrie selon les époques) d’où il était expédié par bateau vers le monde gréco-romain.

Cela a duré 3 ou 4 siècles qui ont permis aux Nabatéens de devenir une des grandes puissances de la région. Leurs richesses ont bien été convoitées mais ceux qui s’y sont frotté, comme Antigone le borgne, officier vétéran de l’armée d’Alexandre le Grand en 312 av. JC, ont été rudement remis à leur place et tellement humiliés qu’ils laissèrent les Nabatéens tranquilles.

Oui... mais toutes les bonnes choses ont une fin. Les Romains commencèrent à en avoir assez de payer une fortune pour leur encens et ont cherché des alternatives, comme aller le chercher eux même au Yémen. C’est alors que vers le milieu du 1er siècle av. JC un marin romain découvre le système des moussons, à savoir que pendant une partie de l’année les vents soufflent dans un sens, et le reste de l’année dans l’autre sens.

Cela permet aux Romains de naviguer le long de la mer Rouge et de dévier le traffic de l’encens, de la voie terrestre à la voie maritime.

Et c’est le commencement de la fin du monopole Nabatéen sur le commerce de l’encens.

Mais on essaiera de développer la suite de la passionnante histoire des Nabatéens dans un autre message.

000017 Photo de Christophe Raylat (D.R)